[9 novembre 2020] Recommandations du SNAPEC, billet d'humeur. Par Guilhem Trouillas, membre du comité syndical du SNAPEC

Brandir la « liberté individuelle » pour justifier le fait que l’on impose les conséquences de ses propres « choix » à autrui n’est pas plus élégant qu’un vulgaire doigt d’honneur. 

 

 

Au-delà des chiffres retenus que ce soit en termes d'effectifs, de temps de travail ou de format d'activités, deux éléments reviennent quasi-systématiquement dans les arguments de celles et ceux qui déplorent, s'opposent farouchement ou affichent simplement une certaine circonspection à la lecture de ces recommandations : d'une part la critique du principe même de poser un chiffre et d'autre part la crainte que ce chiffre recommandé devienne à court terme la règle à laquelle il n'y aurait d'autre choix que de se plier. Certains ont qualifié ces recommandations d'infantilisantes et liberticides, et ont considéré qu'elles constituaient une atteinte à la liberté individuelle de chaque moniteur.rice, en particulier pour les indépendants.es.

Cette liberté que nous aurions à travailler dans les conditions qui nous siéent - a fortiori lorsque nous sommes indépendants-, certains estiment donc l'avoir plus ou moins. Tant mieux pour eux.

Mais je ne crois pas que ce soit le gros des troupes. Dans nos métiers, même le statut d'indépendant n'implique pas si souvent dans les faits la liberté de choisir tout à fait ses conditions de travail... Qui fixe les prix et les rémunérations ? Qui fixe les effectifs et les jours de repos ? Qui détermine la nature et la durée de l'activité ?

Les contraintes économiques de la boite, le pouvoir d'achat de la population, le budget du club, la peur de l'avenir, l'envie de "faire une bonne saison" pour avoir du temps à côté, la difficulté à faire un pas de côté et proposer autre chose, ... En somme, l'individu -qui en plus se croit seul- face au reste du monde.

Le marché, quoi. Et le marché, on en profite ou on le subit.

Bonjour la liberté.

Ne serait-ce que du simple fait que les pratiques des uns ont rapidement et substantiellement des conséquences sur celles des autres, on voit très bien combien sans une forme de discipline, un certain cadre, la "liberté" des uns peut s'exercer au détriment des aspirations des autres. Et c'est valable en canyon en plein été comme dans une grande salle privée de métropole ou un petit club du fin fond de la cambrousse.

Convoquer la liberté individuelle pour justifier qu'on impose sans scrupule à l'autre les conséquences de ses choix ? Un doigt d'honneur fait à peu près le même effet et a le mérite d'être parfaitement clair et assumé, lui.

Non, je ne me sens pas libre de ne pas être affecté par les groupes en sur-effectif (selon mes propres critères) et les pratiques que cela génère sur le terrain, commercialement et en termes de marché du travail. Non, je ne me sens pas toujours libre de fixer ou de ne pas accepter des tarifs qui ne me permettent pas un revenu décent et un travail digne. Par contre, oui, ces recommandations définies collectivement, en ce qu'elles me protègent et me permettent de plus facilement dire "non" me libèrent un peu du poids du marché.

Non, je n'ai pas peur de perdre ma spécificité. Non, je ne crois pas que l'individu, son libre-arbitre, son discernement, sa sensibilité, ses compétences, soient balayées par un repère ni même une règle en matière de taux d'encadrement et de repos hebdomadaire.

Libre, je le suis d'autant plus que je ne suis pas livré à moi-même quand il s'agit de convenir ou de fixer mes conditions de travail. A cette condition, dans ce cadre protecteur, je suis libre de mes choix pédagogiques. Et ça, c'est fondamentalement mon métier.

Faute de revendiquer mieux sur la base de -soyons fous- ce qui nous semblerait juste bien, on peut toujours essayer de se persuader qu'on est libres de choisir ce que nous sommes en réalité le plus souvent contraints d'accepter. L'illusion de gérer, se raconter qu'on mène bien sa barque, se répéter qu'on n'est pas les plus à plaindre, ça permet d'aller grimper sereinement en semaine pendant que d'autres vont effectivement à l'usine ou s'enferment dans un bureau pour faire un taf très sérieux, parfaitement inutile et totalement dépourvu de sens. Mais je ne crois pas que la liberté de s'auto-exploiter suffise à être profondément satisfait ...

Le Comité Syndical du SNAPEC donne l'impression d'avoir jeté un pavé dans la mare en ne faisant que décrire de bonnes conditions de travail, dans l'intérêt des travailleurs, des publics, des sites et de la société en général. Qui pour contester sérieusement que 8 ou 9 élèves pour un.e moniteur.rice, au moins un jour de repos hebdomadaire et des activités pensées dans le temps pour favoriser les apprentissages divers et variés sont des conditions de travail et des pratiques professionnelles souhaitables !?

Dans SNAPEC, il y a Syndicat. C'est à dire l'ambition collective d'être force de proposition pour concourir sans cesse à l'amélioration de la société. Il ne s'agit donc ni de raler ni de se résigner ni d'être doux-rêveur mais de savoir ce que l'on veut et agir en ce sens.

Dire qu'il existe des freins importants à la mise en place des recommandations du SNAPEC, n'est ni une objection ni une démonstration de ce que ces recommandations seraient inutiles ou problématiques. Les élu.es du SNAPEC ne sont pas responsables de toutes les raisons qui font qu'on peut être tenté.e, contraint.e ou acculé.e à bosser dans des conditions qui ne sont pas souhaitables. Les difficultés socio-économiques n'ont échappé à personne ni au sein du Comité Syndical ni dans la profession dans son ensemble. C'est précisément la vocation de ces recommandations que de traiter le problème complexe des conditions de travail et des pratiques professionnelles dans nos métiers en commençant par définir ce qui est souhaitable. Ce qui ne signifie pas s'en tenir là.

Il est bien clair que ces recommandations ne suffisent pas. Les questions de pouvoir d'achat, de l'accessibilité de nos activités au plus grand nombre, de notre protection sociale et donc d'une forme de redistribution des richesses, de la place dans nos vies (celles des publics et les nôtres, moniteurs.rices) du temps "non-productif" (loisir, culture, sport, ...), de notre rapport à la nature, de la justice fiscale... Il y a beaucoup à faire, bien sûr. C'est bien le sens de l'engagement du SNAPEC aux côtés de la CGT il me semble.

Ces recommandations qui ne font au fond que dire ce que tout le monde savait évidemment déjà (c'est bien de bosser avec des petits groupes, d'avoir le temps de se reposer et de ne pas bosser dans le speed, comment être contre !?) ne devraient pas être l'objet de discussions interminables et vaines.

Ne nous méprenons pas. Les contorsions pour éviter de regarder le problème en face seront toujours bien plus fatigantes que d'essayer de trouver des solutions, même si ça n'est pas facile. C'est de nos difficultés que nous avons à parler.

[13 novembre 2020] Un été sous haute pression... Vous avez dit déontologie ? Réflexion sur la pratique professionnelle de nos activités - par le bureau du SNPSC

Lorsque le post-confinement a commencé, peu auraient fait le pari de l’été que nous avons vécu...(subi) ?

Economiquement parlant et pour la plupart, la saison aura été très bonne, voir peut-être la plus grosse saison ?

Les français sont restés en France, nos activités ont été prises d’assaut, et les étrangers malgré les conditions sanitaires ont aussi fait le pari du tourisme français même s’ils ont été moins nombreux que d’habitude.

Economiquement parlant la saison a été sauvée : OUF!

La plupart d’entre nous travaille avec un statut de travailleur indépendant, ce qui ne nous permet pas de bénéficier des mêmes filets de sécurité dont la plupart des salariés jouissent (chômage, retraite ,etc...).

La perte du printemps et l’absence quasi totale des prestations avec l’éducation nationale et les collectivités a été rattrapée par l’afflux massif des individuels.

Cependant, dans le contexte actuel et au vu de toutes les dérives observées cet été, il est venu le temps de se poser de sérieuses questions sur la pérennité de nos activités et il en va de notre survie professionnelle!

Ethiquement parlant, la dérive du nombre et la sur fréquentation se confirment et les problématiques humaines sont au rendez-vous : le canyon est en péril? Et la spéléo ?

La pérennité de nos activités dépend de l’accès à nos lieux de pratique et force est de constater que le contexte de travail sur le terrain est de plus en plus tendu.

Nous parlons tous de sur fréquentation mais dans quelle mesure est-ce vrai et surtout que faisons-nous pour gérer cette problématique ?

 

Cet été nous pensions que la répartition et la réflexion collective permettraient de palier à ces soucis, à contrario jamais il n’y a eu tant de personnes en canyon et autant de dérives de groupes trop nombreux : 10, 12, et plus.

Pourtant la viabilité de nos encadrements est réelle avec des groupes de 8 au plus.

Il est évident aussi que la qualité d’une prestation est meilleure en petit effectif.

Pour autant nous pouvons nous réjouir de la démarche commune de gestion de l’accidentologie, qui même si elle reste basée sur des aléas, a été extrêmement faible malgré une fréquentation hors norme.

Le bureau du SNPSC ainsi que la CPCP se questionnent sur les rouages de ces dérives, et nous savons qu’elles ont lieu chez certains indépendants comme au niveau des grosses structures commerciales.

Bien sûr il y a des pics de fréquentation.

Bien sûr il y a des démarches locales de concertation et de structuration pour organiser la pratique et la pérenniser : heures de réservation, plannings d’accès en ligne, parking et organisation entre structures, horaires décalés et timing de départ...

Il suffit de faire un calcul rapide, avec des groupes de 8 participants au plus (c’est la règle dans les alpes maritimes depuis longtemps et ça fonctionne) : pour 10 groupes de 10 personnes ramenés à des groupes de 8 cela équivaut à 2 groupes en moins dans le canyon.

Oui mais il faut bien accueillir les touristes ! Et il faut bien faire travailler les professionnels.

Pour le même exemple avec des groupes de 8 cela fait deux professionnels de plus sur le terrain, mais avec des groupes plus petits, plus fluides, en horaire décalé.

Nous entendons d’ici la vindicte : oui mais du 15 juillet au 15 août de toute façon c’est sur fréquenté !

Alors nous ouvrons une autre réflexion : et le repos dans nos métiers ? Qui sont physiques et à responsabilité !

Est-ce que le statut d’indépendant donne toute liberté d’action hors d’une forme de bon sens ?

Les salariés ont du repos obligatoire, ne devrions-nous pas y réfléchir ?

Voilà encore une source logique d’épanouissement professionnel.

Encore faut-il être vraiment indépendant ?

Que penser des structures qui emploient sans les salarier, des indépendants sur la saison entière, indépendants qui font tout leur chiffre avec une sur cette seule structure.

Quelle notion d’indépendance quand le professionnel n’a aucun choix en lien avec la clientèle et le lieux de travail, aucune possibilité de limiter le nombre dans le groupe ?

Revenons à ce problème de sur fréquentation.

Si une structure travaille avec 10 ou 12 personnes, ce n’est pas pour de meilleures conditions de prestations, c’est bien pour une logique économique!

La retenue pour une structure étant de quasi 60 % de la recette (certainement pour plein de bonnes raisons, TVA (sur la marge), frais de gestion, de commercialisation...), même ramenée à 50 %, pour gagner la même somme le professionnel intervenant avec des clients en direct aurait un effectif de 50 % de client en moins soit 5 à 6 personnes ?

De là à penser que la sur fréquentation des canyons est à 50 % liée à la retenue des grosses structures...le raccourci serait trop facile!

Cependant les grosses structures font tourner jusqu’à 10 guides à la fois, sur certaines zones, ce qui fait une pression numéraire importante dans les canyons. Il en est de même en spéléologie ou de nombreuses dérives ont été observées cet été.

Nous le voyons le sujet est vaste et la réflexion doit être commune.

Loin de nous de penser que nous avons raison, en revanche nous sommes convaincus que nos professions sont en danger si elles ne se mobilisent pas sur ces sujets essentiels.

Il est de notre responsabilité de donner le cadre de nos métiers, à défaut nous subirons des obligations et des interdictions que nous n’aurons pas pu orienter.

Malheureusement c’est seulement la logique économique qui écrase notre profession, faisant table rase de ce qui a créé chez nous nos passions et notre envie de la partager.

[17 novembre 2020] (P)Osons l'idéal ! Par Julien Chaussidon - Secrétaire général du SNAPEC

On entend par idéal un modèle viable économiquement pour les moniteurs (car oui, c’est viable à 8 clients), de qualité optimale et pérenne aussi bien au niveau de l’accès aux sites que de l’environnement. Nous comprenons que certains puissent craindre qu’en cas de litige, un juge mette en défaut un moniteur sur la base de ces recommandations. Pour les cas les plus extrêmes, la question ne se pose même pas : de toute façon ils sont déjà tellement au-dessus des habitudes locales, que même sans recommandations, c’est sûr qu’ils se feront allumer en cas de problème. Pour les autres, dans la mesure où l’effectif choisi reste proche des us et coutumes, le risque est marginal car :

-         Donc au risque de se répéter, et quoique certains veulent faire croire en agitant comme d’habitude le chiffon de la peur par un discours réactionnaire et démagogique pour parvenir à leurs fins, la gestion de la sécurité n’est qu’un élément parmi d’autres dans nos recommandations (avec les questions d’environnement, accès aux sites, qualité relationnelle/pédagogique). C’est bien l’ensemble de ces éléments qui ont conduit à cette proposition d’effectif et de rythme de travail. Aussi il serait bien de ne pas leur attribuer une connotation exagérément sécuritaire, puisque cela est précisé sur la page-même. 

-          Ce texte émane d’un syndicat parmi d’autres, il n’a donc pas la force d’un texte de loi ou même de recommandations qui feraient l’unanimité dans le milieu professionnel. (mais soyons clairs, nous travaillons à tendre vers l’expression d’un idéal partagé par une large majorité de la profession).

-          La FFME fait aussi des recommandations d’effectif depuis des années, et cela n’a l’air d’émouvoir personne (recommandations de 5-6 cordées de débutants maximum, visiblement certains clubs s’asseyent dessus sans cas de conscience). Il en va de même pour les us et coutumes locaux des guides qui sont parfois très restrictifs.

-    Enfin, sur le plan assurantiel, contrairement à ce que nous avons pu lire ailleurs, bien sûr que le fait d’évoquer publiquement la gestion de la sécurité dans nos métiers a un effet sérénisant pour les assureurs, dans la mesure où cela montre qu’un syndicat se bouge sur de la prévention visant à réduire la sinistralité de ses adhérents souscripteurs.

Par ailleurs, les rejets exprimés semblent parfois venir des craintes de mettre au grand jour des pratiques que le moniteur sait déjà limites. Sur ce point, l’avis du syndicat est sans appel : nous souhaitons avant tout mettre en valeur les comportements vertueux. Libre à chacun de tendre vers ce modèle ou d’assumer en toute indépendance la manière dont il travaille, puisqu’il se revendique et reste indépendant.

D’autre part, nous ne croyons pas que notre profession, quand bien même largement composée de personnes qui se réclament indépendantes, puisse s’autoréguler par des choix et des comportements individuels. Dans un contexte de travail sous tension qui se généralise, qu’un moniteur soit libre de choisir le nombre maximum de personnes apparaît comme une impasse égoïste, car son choix a un impact sur la manière de travailler des autres professionnels, sur les relations de terrain, sur l’environnement, et donc sur l’ensemble de la profession. Bref la liberté de choisir son effectif peut s’entendre, dans la limite où elle n’a pas d’impact sur les autres. Et s’il est concevable qu’un des plaisirs de “l’indépendant“ puisse être de déterminer du haut de son expertise la taille de son groupe, nous espérons que ce plaisir reste complètement anecdotique devant l’ambition d’assurer une prestation de qualité, d’avoir un rapport humain avec ses clients (ce qui commence par a minima connaître leurs prénoms), ou encore d’entrevoir ce privilège d’avoir pour bureau des sites de pratiques grandioses, et qu’il ne s’agit pas juste d’un challenge personnel de sortir avec un groupe King Size ou de faire rentrer toujours davantage d’argent dans la caisse. Que ce soit clair, il n’y a pas de problème avec le fait de gagner de l’argent : nous sommes tous professionnels. Mais l’argument économique ne doit pas conduire à mépriser ou ignorer les autres enjeux de notre métier. Une fois de plus, nous ne tenons pas à encourager ou cautionner une McDonaldisation de notre profession, ni pour son image, ni pour les sites de pratiques, ni pour les clients, ni pour les pros eux-mêmes.

Sur le volet de la concertation, nous sommes en contact régulier avec les organisations locales : le SNAPEC s’appuie sur un large réseau de représentants et de groupements locaux intersyndicaux. Nous avons connaissance des travaux de concertation et d’organisations locales, et nous avons d’ailleurs eu une réunion le 9 novembre 2020 avec nos adhérents et ces représentants pour échanger sur les habitudes et dispositifs se mettant en place aux 4 coins de la France. Bien sûr que ces organisations locales ont une forte légitimité, de part la connaissance précise de leurs terrains d’exercice, elles restent les principales garantes des us et coutumes. A titre d’information, lors de l’accident de l’Infernet cet été, le PGHM a appelé le bureau des guides et accompagnateurs de Grenoble pour connaître les us et coutumes d’effectif dans ce canyon. Il ne s’est aucunement tourné vers un quelconque syndicat pour cela. Les habitudes locales de travail sont prépondérantes, et nous sommes convaincus que ces groupements l’ont très bien compris : le syndicat pose un idéal, les pros s’organisent au mieux sur place.

Concernant la gestion de l’affluence, nous pensons par ailleurs qu’il faut se détacher de cette injonction à “prendre le client” coûte que coûte. Savoir dire “non” lorsque la situation l’impose est une des caractéristiques fortes de notre métier, et cela commence au téléphone ou au bureau. Dans la mesure où nous travaillons dans un espace fini et partagé, la gestion de la fréquentation, dont notre activité professionnelle est souvent le principal responsable, doit être considérée comme une priorité. Nous sommes venus vers ces activités pour le milieu naturel, nous vendons nos prestations sur le dos de ce milieu naturel, et nous contribuons à lui donner des allures de métro bondé ?

Si localement des organisations entre pros et autres usagers ou propriétaires se concrétisent et permettent l’élaboration d’un cadre de pratiques apaisées, ce n’est pas le cas partout. Parfois l’instabilité récurrente d’une année sur l’autre de certains choix d’essai d’organisation locale doit questionner la pertinence de ces choix, au risque d’installer une situation délétère pouvant aboutir à l’interdiction pure et simple de certains sites. Refusons de nous comporter en criquets migrateurs, il n’est pas question d’entretenir des démarches qui consistent à “se gaver pendant qu’il est encore temps” en faisant fi de notre environnement humain et naturel. Dans nos relations aux autres, il n’est pas honteux ou faible de faire un vrai pas en avant vers une solution stable, notamment sur la question de la fréquentation, plutôt que de traîner les pieds, entretenant parfois des situations conflictuelles dont nous sortirons à terme certainement usés, mais à coup sûr ni vainqueurs ni grandis. Et pour ceux qui pensent qu’une diminution de la taille des groupes n’aura de toute façon pas d’impact sur la fréquentation, voici quelques éléments de réflexion : 

  • Chaque année, indépendamment du flux de pros arrivant ou sortant sur le marché, des bureaux cherchent en vain des moniteurs pour la saison. Il n’y a donc pas suffisamment de moniteurs pour satisfaire la demande à l’échelle du territoire.
  • Cela implique que hors cas particuliers, il n’y a pas de pros disponibles pour plus de groupes sur une journée à nombre de rotations égal.
  • Donc même en réduisant les effectifs, le nombre de groupes à sortir chaque jour sera globalement stable. Bref, en diminuant les effectifs, on diminue bien la fréquentation.

Et quand bien même à la marge quelques groupes supplémentaires trouveraient une place, rappelons que des fonctionnements fluides et malins existent : le covoiturage, les départs décalés, ou coordonnés par un planning par exemple. Certains groupements locaux l’ont déjà mis en place avec succès.

Au sujet de la coordination intersyndicale, et notamment du CPCP, nous vous invitons à lire l’article en pièce jointe issu du dernier bulletin du SNPSC : la position du SNAPEC est loin d’être isolée, et cette démarche est belle et bien enclenchée au sein du CPCP. Le SNPSC pose d’ailleurs une réflexion intéressante sur le rôle des très grosses structures dans ces dérives, structures qui ont pour la plupart décliné la réunion sur le sujet organisée le 9 novembre.

Un autre motif de rejet de ces recommandations vient du fait qu’elles sont perçues comme des contraintes. C’est intéressant, parce qu’au contraire, certains moniteurs y trouvent à juste titre une aide, un appui dans le choix de leurs conditions de travail (trop souvent imposées par une boite ou un club, ou juste sous pression de fonctionnements parfois discutables mais préétablis). Et c’est bien dans ce sens qu’elles ont été publiées. Notons que de nombreux professionnels exercent en situation de “pseudo-salariat“ (indépendants travaillant pour un bureau unique sans choix d’horaires, de supports, de clients avec le matériel fourni…) ou de vrais salariés. Il s’agit pour ces moniteurs d’un support de discussion ou de négociation de leurs conditions. Typiquement, en Ile de France, les conditions de travail sont très compliquées, avec une forte pression des salles privées pour blinder des groupes en escalade dans une salle déjà elle-même blindée. Ce n’est pas pour rien qu’ils ont récemment ressenti le besoin de se regrouper en association, tous diplômes confondus, pour défendre leurs intérêts face aux employeurs. Et qu’un syndicat se positionne sur un idéal de conditions de travail est évidemment un plus dans leur combat.

Aujourd’hui nous sommes très fiers au SNAPEC d’avoir enfin lancé ce premier pavé dans la mare. Nous savions que nous n’allions pas nous faire que des amis, mais nous ne sommes pas dans une course à l’adhérent ou au “like”, nous défendons un idéal. Sur un sujet aussi crucial que tout le monde esquivait savamment depuis des années, cette première pierre, sans doute imparfaite, a forcé le milieu dans son ensemble (syndicats, pros, organismes de formation) à se positionner sur la question, ouvrant ainsi la réflexion collective. On peut reprocher une méthode brutale, mais l’expérience passée montre qu’un excès de concertation pour déclencher la réflexion sur ce sujet était voué à l’échec, et puis il y avait urgence. En ce sens, nous n’enlèverons pas nos recommandations de notre site public.

Aujourd’hui nous réfléchissons à plusieurs choses pour aider les pros qui souhaitent tendre vers cet idéal : modèles économiques et fonctionnements de clubs, modèles d’organisations locales… Ce sont les besoins que nous avons identifiés lors de nos concertations. L’enjeu de l’accessibilité à la nature au plus grand nombre est également un vrai problème, mais ne doit pas se traiter aux dépens des conditions de travail ou du milieu naturel lui-même. Enfin certains parlent aussi de jouer sur le flux de formation, hypothétique source de tous les maux, pour réguler l’affluence. Il est vrai qu’il est souvent plus facile de charger un bouc-émissaire plutôt que de se remettre soi-même en question. Cette régulation est sans doute un élément nécessaire, mais nullement suffisant : quand la baignoire est bouchée et déborde, on peut réduire le débit, elle continuera quand même à déborder… Si on ne fait pas autre chose.

[20 novembre 2020] Mon point de vue sur les recommandations - par Romain Isnart, syndiqué au SNAPEC

Que cela soit au niveau local (arrêté municipal comme c'est le cas au canyon de Montmin en Haute Savoie) ou départemental (comme dans le 06).

Cela serait plus simple, on ne se poserait plus de questions à savoir jusqu'à combien on peut aller...

Au sein de notre bureau, on encadre 10 personnes maximum dans un canyon ou une via de niveau découverte et 8 dans un canyon un peu plus technique et plus long.

En escalade en milieu naturel 8 personnes maximum en stage ou cours collectifs.

Limiter les effectifs aurait comme effet une meilleure fluidité des groupes dans les canyons, plus confortable pour les clients mais aussi pour le pro... On a tous à y gagner du coup, à moins que certains soient trop alléchés par l'appât du gain.

Mais cette question soulève un autre problème qui est la surfréquentation des sites de canyoning (impact sur le milieu, problèmes de stationnement, bouchons sur les parcours...) 

En limitant la taille des effectifs on pourrait certainement déjà jouer la dessus. 

Pour parler des deux canyons dans lesquels j'encadre :

Montmin, un arrêté municipal limite à 10 le nombre de clients par guide. Cela est assez bien respecté. Ceci dit, depuis l'an dernier nous limitons au sein de notre bureau nos groupes à 8 personnes. D'une part pour améliorer la qualité de la prestation et d'autre part car me rendant compte de la surfréquentation dans ce canyon et des soucis pour s'y garer sans parler des soucis de sécurité (casse des voitures des clients), nous préférons amener nos clients sur place (depuis notre base qui est située à 15 minutes de route) avec un minibus (ce qui limite forcément le nombre de personnes dans un minibus 9 places) pour ne pas avoir de soucis sur place pour se garer (un minibus est plus facile à garer que toutes les voitures de clients). Un parking y a été aménagé mais celui-ci n'est plus assez grand et cela devient de plus en plus compliqué... En plus de cela, au milieu du canyon il y a un rappel où tous les groupes se retrouvent coincés... Avec des effectifs plus petits cela coincerait moins.

Hier en réunion du CDPC 74 j'ai alerté mes collègues en leur disant d'essayer de faire comme nous ou de trouver d'autres solutions.

Angon, sur ce canyon il n'y a pas d'arrêté, du coup on est libre... En règle général sur la partie basse on amène 10 clients max par guide. Cela est plus ou respecté mais on peut voir des dépassements. Quand on démarre sur la partie haute on commence avec un grand rappel de 35 mètres, notre bureau se limite alors à 8 clients. Certains font ce parcours à 10 aussi, ce qui n'est pas logique, il faut forcément réduire le nombre de clients par rapport à la partie basse... Suite à la réunion d'hier soir, nous allons former un groupe pour fixer des règles communes sur ce canyon en lien avec la commune qui est soucieuse d'un bon développement de l'activité.

[20 novembre 2020] Quelques interrogations - Guillaume Bertucchi, syndiqué au SNAPEC

Comment un syndicat de professionnels s’organise-t-il pour choisir ses positions sur des thèmes à forts enjeux ?

Est- ce que débattre en amont ne permettrait-il pas de murir son opinion au regard des arguments tiers et ne permettrait-il pas de favoriser l’adhésion à une orientation partagée ?

Est-ce qu’un débat ou une tribune libre à posteriori revêt un intérêt pour influencer sur ces dites propositions sans risquer de figer des postures et des prises d’opinion tranchée ?

Est-ce que certains aspects de nos activités doivent-elles être accompagnées de recommandations ou ne doit-on pas préférer encourager un cadre étique favorable à la prise de décisions critiques et au fait d’assumer ses responsabilités qui les accompagnent, valeurs fortes au centre de nos activités de pleine nature.

Syndicalement,

Guillaume Bertucchi.

[30 novembre 2020] Réflexions suite à la réunion - Raphaël Stoerbecher, syndiqué au SNAPEC

Reste à placer le curseur entre d’un côte la liberté individuelle et l'adaptabilité au contexte et de l’autre les contraintes d’un effort collectif et déontologique. 

 

De mon point de vue, la réponse actuelle (définitive ?) à 8 personnes par groupe quelque soit l'activité me semble trop restrictive et peu réaliste. De nombreux participants évoquaient des groupes de 10 en canyon ou 12 en escalade...

 

La réunion a fait apparaitre entre autres une grosse différence entre l'escalade et le canyon (activités club avec public en voie d'autonomie par exemple en escalade et canyon avec public débutant). Différence aussi en fonction du niveau des sorties : canyon avec rappel et rando aqua par exemple. 

 

Pour ne pas se couper de la base, et par souci de réalité pro, il me semble qu'il faut tenir compte de ces retours d'expériences de chacun. Pourquoi ne pas proposer une latitude (fonction du public, de la sortie, de la météo - le fameux 3x3) qui à la fois renvoie à la compétence du pro mais aussi à sa responsabilité. Pour ma part, une latitude d'effectif entre 8 et 12 avec un grand maximum de 12 dans le cas d'un contexte favorable et 8 vu comme un idéal pédagogique notamment dans le cas d'une activité à la fois collective mais réclamant une technicité ou une vigilance particulière.

L'avantage d'une telle formulation serait une acceptation plus grande mais aussi une meilleur cohérence avec les réglementations existantes : groupe de 12 en milieu scolaire, groupe de 9 en ACM (canyon) ou 12, charte du SNMC et de nombreuses chartes ou réglementations locales en canyon avec des groupes limité à 10 (exemple charte en cours avec le parc national des Cévennes) et on peut rêver pourquoi pas une forme d'harmonisation entre les différentes corporations.

Quoi qu'il en soit, le sujet est majeur (bravo au SNAPEC de l'avoir abordé). Il mérite du temps de réflexion, du recul ainsi qu'une réelle concertation entre adhérents.